Espèces envahissantes

Les espèces « envahissantes » — encore appelées selon les auteurs allogènes— sont des végétaux et animaux qui ont été introduits involontairement, ont envahi et/ou été importés, et qui vivent ensuite à l’état sauvage. L’introduction de ces espèces via les eaux de ballast, l’accumulation d’organismes sur les coques des navires, les phénomènes d’importation par l’homme de manière volontaire ou involontaire, s’est accompagnée de l’établissement de populations allogènes denses, avec des effets parfois catastrophiques sur l’environnement naturel.

Les espèces allogènes sont la deuxième plus grande cause de perte de biodiversité après la destruction des habitats. Elles constituent un problème croissant en raison des effets imprévus et nocifs qu’elles exercent sur l’environnement (des changements dans la biodiversité, la dominance de certaines espèces qui présentent un caractère invasif aux dépens d’autres espèces, uniformisation des paysages…), l’économie (impact négatif sur l’agriculture, l’élevage, la pêche, le tourisme et le coût de la lutte contre leur prolifération) et également la santé humaine (cas des allergies et brulures, exemples : Ambrosia artemissiifolia et Senecio inaequidens.


Figure 1 : Séneçon du Cap Senecio inaequidens (Fanny Veinante) Figure 2 : Fruit de Séneçon du Cap Senecio inaequidens (Kristian Peters -- Fabelfroh  -Wikimedia)
Figure 1 : Séneçon du Cap Senecio inaequidens (Fanny Veinante) - Figure 2 : Fruit de Séneçon du Cap Senecio inaequidens (Kristian Peters -- Fabelfroh  -Wikimedia)

 

Les espèces envahissantes sont souvent caractérisées par  une croissance rapide et une capacité de multiplication végétative importante. Elles ont une grande capacité à résister et s’adapter aux milieux écologiques, aux conditions climatiques et à la pollution.  Souvent à ces caractéristiques s’ajoute, une absence de prédateurs ou de parasites lesquels  limitent l’expansion de ces organismes dans leur milieu d’origine. L’expansion d’espèces hors de leur « aire d’origine » n’est pas un phénomène nouveau L’introduction d’espèces allogènes est un processus incessant. Il existe de nombreuses espèces animales et végétales envahissantes (allogènes) dans les régions méditerranéennes.  En ce qui concerne, le milieu terrestre et aquatique méditerranéens, environ 350 espèces sont considérée comme allogènes, et parmi eux :

- Le Figuier de Barbarie (Opuntia ficus-indica)-  un cactus originaire du Mexique fut importé en France au XVème. Elle se multiplie soit par semis, soit par bouture.

 

Figure 4: Figuiers de Barbarie Opuntia ficus-indica (Fanny Veinante) Figure 5: Bouture de Figuier de Barbarie Opuntia ficus-indica (F.Veinante)
Figure 3 : Figuiers de Barbarie Opuntia ficus-indica (Fanny Veinante) - Figure 4 : Bouture de Figuier de Barbarie Opuntia ficus-indica (F.Veinante)



- Les "griffes de sorcières"  (Carpobrotus edulis) représentent l’une des plantes envahissantes les plus problématiques de la façade méditerranéenne. Elles colonisent en particulier les dunes littorales et les côtes rocheuses. Elles ont été introduites d’Afrique du Sud en Europe au 17ème siècle. Elles ont une grande facilité à s’enraciner et la croissance rapide des stolons (jusqu’à 1m/an) leur permet de couvrir rapidement de grandes surface. Elle se multiplie soit par semis, soit par 

 

Figure 6 : Griffe de sorcière Carpobrotus edulis (Fanny Veinante) Figure 8 : Fleur de Griffes de sorcière Carpobrotus edulis (F. Veinante)
Figure 5 : Griffe de sorcière Carpobrotus edulis (Fanny Veinante) - Figure 6 : Fleur de Griffes de sorcière Carpobrotus edulis (F. Veinante)


- Le "Mimosa" (Acacia dealbata) concurrençant fréquemment la flore locale, ces végétaux sont originaires d’Australie  et introduite à la fin de XIX siècle, leur capacité de multiplication asexuée leur permet d'être particulièrement rapides après des incendies (zone où la compétition entre espèces est très faible). Ils constituent de véritables forêts dans de nombreuses régions.

 

Figure 10: Mimosa Acacia dealbata (Fanny Veinante) Figure 11 : Fruit de Mimosa Acacia dealbata (Alberto Salguero- Wikimedia)
Figure 7 : Mimosa Acacia dealbata (Fanny Veinante) - Figure 8 : Fruit de Mimosa Acacia dealbata (Alberto Salguero- Wikimedia)

Figure 12 : Mimosa Acacia dealbata (KENPEI -Wikimedia)    
Figure 9 : Mimosa Acacia dealbata (KENPEI -Wikimedia)


- La fourmi d’Argentine (Linepithema humile) est originaire d’Amérique du Sud, et  est signalée en France en 1906  et depuis n’a cessé de s’étendre. Ces fourmis se regroupent en une supercolonie qui va des côtes italiennes aux côtes espagnoles en passant par la France (soit 6000 km de côte), et extermine les espèces déjà en place. Elle a un comportement également destructeur vis-à-vis de la flore et notamment des bourgeons. Elle affecte les Orangers, Mandariniers et Citronniers, puis les Figuiers, les Cerisiers, les Pêchers, les Poiriers, voir la Vigne.

 

 Figure 16 : Fourmis d'Argentines Linepithema humile (wikimedia)
Figure 10 : Fourmis d'Argentine Linepithema humile (wikimedia)



- La tortue de Floride (Trachemys scripta elegans) a également été importée d’Amérique par des animaleries d’Europe dans les années 70. Beaucoup d’acheteurs, ne sachant pas s’en occuper ou les tortues étant devenues trop grosses, les ont relâchés dans la nature. Mais ces tortues ont réussi à s’adapter et à se reproduire, notamment dans les régions méditerranéennes où elles menacent la cistude d’Europe (Emys orbicularis), qui est une espèce protégée en France. Ces tortues sont également reconnues comme source d’infection humaine à la Salmonelle, bactérie qui provoque des intoxications alimentaires. 

 

Figure 17 : Tortue de Floride Trachemys scripta elegans (Massimo Lazzari -Wikimedia)    
Figure 11 : Tortue de Floride Trachemys scripta elegans (Massimo Lazzari -Wikimedia)

 


En ce qui concerne le milieu marin, plus de 600 espèces allogènes ont été recensées. CIESM fournit des informations détaillées concernant des espèces  introduites dans la Méditerranée (http://www.ciesm.org/online/index.htm).  Parmi eux :


- Caulerpa taxifolia - algue des eaux chaudes des Caraïbes et d’Australie serait arrivée en Méditerranée en 1984 par le canal de Suez ou aurait été libérée d’aquariums par accident à Monaco.  En 1990, elle recouvrait seulement trois hectares, dès 1996 près de 1500 hectares. Sa dissémination sur de courtes distances se fait principalement par des boutures dispersées par les courants marins. Un seul fragment de cette algue peut être à l’origine d’une colonie entière. Sa capacité à proliférer rapidement lui permet de supplanter les herbiers de Posidonie, Posidonia oceanica.. Cependant cette algue est actuellement en régression en Méditerranée, pour des raisons mal comprises.

Figure 14 : L’algue Caulerpa taxifolia (National Oceanic and Atmospheric Administration – Wikimedia) Figure 15: Herbier de Posidonie Posidonia oceanic (Gronk -Wikimedia)
Figure 13 : L’algue Caulerpa taxifolia (National Oceanic and Atmospheric Administration – Wikimedia) - Figure 14: Herbier de Posidonie Posidonia oceanic (Gronk -Wikimedia)


Eradication des espèces envahissante :

L’introduction de plantes exotiques dans le territoire français est interdite et clairement énoncée dans l’article L411-3 du Code de l’environnement. Il stipule qu’il est « interdit d’introduire dans le milieu naturel de façon volontaire, par négligence, ou par imprudence une espèce végétale à la fois non-indigène au territoire d’introduction et non cultivée ». L’introduction volontaire d’une espèce végétale envahissante, sans autorisation, est sanctionnée de six mois d’emprisonnement et de 9000 euros d’amende (Art. L. 415-3, 2° du code de l’environnement, modifié par la loi 2005-157 du 23/02/2005 relative au développement des territoires ruraux). Depuis un décret du 4 janvier 2007, l’introduction involontaire, par négligence ou imprudence, est punie d’une amende de 750 euros (C. envir., art. 415-1, 2°). Mais l’application de cette loi reste délicate car les contrôles et la surveillance sont difficiles.  Au niveau local, certaines villes s’impliquent de façon plus spécifique en mettant en place des chartes ou des procédures permettant de limiter l’impact de ces plantes.

L’éradication des espèces envahissantes est extrêmement difficile. On peut couper et arracher ces plantes, même si ce n’est efficace  que si cela est répété régulièrement et sur une petite surface. On utilise par exemple ce procédé contre les griffes de sorcière (nom latin) des dunes du Roussillon. Il y a également la possibilité d’introduire des prédateurs ou parasites (bactéries, champignon) dans les milieux colonisés par les plantes envahissantes. L’utilisation d’herbicide est également prohibée car les conséquences sur l’environnement ne sont pas négligeables.
 

  • Titre de la photo : Espèces envahissantes
    Source de la photo : Fanny Veinante
    Espèces envahissantes
    Description de la photo : Invasion de dunes littorales par des "Figuiers de Barbarie"