La restauration des milieux méditerranéens

     La restauration d'un bon état écologique des environnements méditerranéens est un enjeu prioritaire pour la sauvegarde des espèces en danger et de ce "hot spot" (point chaud) de biodiversité. Nous développerons ici deux exemples concrets : la restauration des milieux dunaires sur les côtes des Pyrénées orientales et celle des fonds rocheux du littoral marseillais.


I - La restauration et la protection des dunes sableuses littorales : l’exemple de la réserve naturelle nationale du Mas Larrieu (Pyrénées Orientales, 66)


1.1  Les menaces pesant sur l'écosystème dunaire


Le littoral du Roussillon sableux possède une grande diversité d’espèces et d’habitats, qui sont aujourd’hui menacés par de nombreux facteurs anthropiques. La réserve naturelle du Mas Larrieu n'échappe pas à ce constat. Ce petit espace naturel situé à Argelès sur Mer est fréquenté par 120 000 et 150 000 personnes pendant les mois de juillet et d’août. Cette surfréquentation pose de nombreux problèmes de gestion. En effet, le piétinement estival provoque le tassement et l’écroulement des dunes, et détruit également le couvert végétal fragile.  Des chicanes ont pu être implantées au niveau des aires de stationnement afin d’empêcher les véhicules de circuler dans la réserve. Toutefois, des 4x4 et des quads parviennent à s’introduire sur le site, ce qui a conduit les gestionnaires à mettre en place une surveillance. Le massif dunaire peut également être fragilisé par les phénomènes climatiques, comme les tempêtes.

Dunes de la réserve naturelle nationale du Mas Larrieu (Fanny Veinante)     Dunes de la réserve naturelle nationale du Mas Larrieu (Fanny Veinante)

Dunes de la réserve naturelle nationale du Mas Larrieu (Fanny Veinante)

 

 1.2 Les aménagements pour la restauration et la protection des dunes


     Les aménagements éffectués ont pour objectifs la reconstitution, la mise en valeur et la  restauration / protection de ce milieu dunaire:
-  apports sableux de reconstitution d'un cordon dunaire ou de fermeture d'une brèche : cette technique est généralement efficace ;
- piégeages et stabilisation du sable (lignes de ganivelles*,…). C’est l’une des techniques les plus efficaces ;

Réseau de ganivelles sur une dune sableuse (Spedona – Wikimedia Commons)

Réseau de ganivelles sur une dune sableuse (Spedona – Wikimedia Commons)

- végétalisation dunaire (semis, boutures, plantations). Cette technique est encore rarement utilisée, malgré une assez bonne efficacité ;
- paillages : épandages de roseaux coupés ou fixation d'un filet géotextile  biodégradable sur le sable, mais l'efficacité réelle de ces techniques reste discutée ;
-  mise en défens (clôture d'espaces sensibles) : utilisation de lignes de ganivelles pour entourer les dunes et les préserver. Cependant il semblerait que près d’un tiers de ces ganivelles sont inefficaces (ensablement, mauvais état,…).
*Ganivelle = barrière en bois


1.3 L'invasion de la dune fixée par les figuiers de Barbarie (Opuntia stricta)


Les dunes fixées sont des dunes stabilisées, où la végétation est rase et sur lesquelles le figuier de barbarie domine. Cette plante mesure pourtant moins d’un mètre, mais sa densité peut être très importante. L’hypothèse avancée sur l’introduction du figuier de barbarie est que celle-ci s’est faite de façon non volontaire à partir d’un plant cultivé et jeté sur les dunes, qui servaient autrefois de dépôts jardiniers. La méthode la plus efficace pour s’en débarrasser est l’arrachage manuel. Cependant, cette méthode est difficile à mettre en place en raison du nombre restreint de personnel dans la réserve, de la longueur des opérations, et de leur coût élevé. De 2007 à 2011, des campagnes d’arrachage ont été mises en place sur des zones bien définies. Des suivis de la progression du figuier de barbarie sont mis en place grâce à la cartographie réalisée avant et après l’arrachage. En 2007, 18 668 pieds de figuiers de barbarie ont ainsi été cartographiés.

Invasion du figuier de barbarie Opuntia stricta sur les dunes fixées de la réserve naturelle nationale du Mas Larrieu (Fanny Veinante)     image adaptation

Invasion du figuier de barbarie Opuntia stricta sur les dunes fixées de la réserve naturelle nationale du Mas Larrieu (Fanny Veinante) / Figuier de barbarie, également envahissant dans le Jardin Méditerranéen du Mas de la Serre de Banyuls-sur-Mer (Fanny Veinante)

 

1.3 L'invasion des dunes par les "griffes de sorcières" (Carpobrotus edulis)


     Parmi les espèces envahissantes présentes en Méditerranée, Carpobrotus edulis ou « griffe de sorcière » s'est particulièrement bien adaptée aux différents milieux (dunes mais aussi côtes rocheuses). Du fait de sa grande résistance au manque d'eau, à la salinité et aux températures élevées, il est très difficile de s'en débarrasser et elle concurrence beaucoup les espèces endémiques. Sur le site Natura 2000 de l'étang de Leucate, des campagnes d'arrachage manuel sont régulièrement organisées pour se débarrasser des plants de griffe de sorcière. Les résultats observés après plusieurs années d'arrachage assez encourageants et ont permis à la flore mais également à la faune locale de regagner du terrain.

Fleur de griffe de sorcière (Fanny Veinante)  Griffes de sorcière près de l’étang de Canet (Laure Andrieu)  Invasion de griffes de sorcière sur la côte rocheuse catalane (Fanny Veinante)

Fleur de griffe de sorcière (Fanny Veinante) / Griffes de sorcière près de l’étang de Canet (Laure Andrieu)  / Invasion de griffes de sorcière sur la côte rocheuse catalane (Fanny Veinante)

 

II - La restauration des fonds marins de Méditerranée : l'exemple des enrochements sous-marins du littoral marseillais


     Les fonds marins de la rade de Marseille ont été restaurés au cours de l’opération RECIFS PRADO (Réhabilitation Ecologique, Concertée et Innovante des Fonds Sableux par la Pose de Récifs Artificiels Diversifiés et Optimisés) 2006, dotée d’un financement de près de 8 millions d’euros. Cette réhabilitation a été mise en place par la ville de Marseille, en raison de la dégradation de plusieurs milieux naturels (comme les herbiers de posidonies aujourd’hui disparus), et afin de soutenir et de développer l’activité économique liée à la bande côtière (pêche artisanale par exemple). Elle a été réalisée dans la baie de Prado car ce site est facile d’accès, il est protégé de la houle et il se situe à proximité d’un vaste herbier de posidonies. Près de 33000 m2 des récifs artificiels ont été installés, colonisés depuis par de multiples espèces de coraux, d’algues, et de poissons. Ces récifs artificiels fonctionnent comme un fond rocheux naturel et permettent d’augmenter et de diversifier les fonds marins d’une zone. Trois types de récifs spécialement adaptés aux conditions marseillaises ont été utilisés : des amas (de 6 cubes en béton ou de blocs rocheux), des paniers (en acier, fakir ou chicanes), et des filières (basses et hautes). Près de 110ha ont ainsi été restaurés et protégés par des mesures adéquates de réglementation de la pêche et du tourisme. C’est le projet le plus important réalisé au niveau national.

     La majorité des sites où ont été installés des récifs artificiels en France sont situés essentiellement sur la côte méditerranéenne, avec environ 44 000 m3 immergés. C’est dans la région Languedoc-Roussillon que l’on en trouve le plus, avec près de 20 000 m3 immergés depuis vingt ans.

Source : http://ec.europa.eu/ourcoast/download.cfm?fileID=1363

Source : http://ec.europa.eu/ourcoast/download.cfm?fileID=1363

 

  • Titre de la photo : La restauration des milieux méditerranéens
    Source de la photo : Spedona (Wikimedia Commons)
    La restauration des milieux méditerranéens
    Description de la photo : Dune de sable et ganivelles au Cap d'agde