Feu

Facteur écologique majeur et menace importante sur les écosystèmes, le feu joue des roles paradoxal dans les milieux méditerranéens.


I - Importance du feu dans les régions méditerranéennes


1.1 Généralités sur le feu en Méditerranée

Le feu constitue un facteur écologique de première importance dans les écosystèmes méditerranéens, où il représente un péril majeur pour les forêts et les zones boisées. En comparaison, il détruit plus d’arbres que les parasites, les insectes, les tornades ou les gelées. Un rapport récent de l’ONF soulignait que depuis 1973, il a été recensé plus de 2500 incendies de forêts par an en France, détruisant entre 25 000 et 50 000 ha, soit 0,6% de la surface boisée. Judicieusement, les auteurs de ce rapport mentionnent donc qu’en moyenne, chaque parcelle de forêt voit passer le feu une fois tous les 160 ans. Cependant, ces mêmes auteurs soulignent une très forte hétérogénéité, puisque certaines parcelles brûlent très souvent, en moyenne une fois tous les 20 ans, limitant fortement la sylviculture dans ces zones. En France, les zones les plus touchées par les incendies de forêt sont la région méditerranéenne et les Landes. Bien que des incendies se déclarent sur tout le territoire, en particulier après des tempêtes importantes (comme celles de 1999 et 2009) ou des sécheresses marquées (comme en 1976, 1989, 1990, 2003), ce n’est que dans les régions méditerranéennes qu'il constitue un facteur de régulation naturelle de la biodiversité.


1.2 Les différents types de feu de forêt

Les incendies méditerranéens peuvent prendre différentes formes selon les types de végétations dans lesquelles ils se développent. Trois grands types de feu sont classiquement distingués, même s'ils peuvent survenir simultanément :
-    Les feux de sol brûlent la matière organique contenue dans la litière. Ces incendies ont des  vitesses de propagation très faibles et sont peu virulents. Cependant, ils peuvent affecter fortement les systèmes souterrains végétaux. Ils peuvent couver longtemps en profondeur, permettant des reprises rapides et faciles si les conditions extérieures sont favorables.
-    Les feux de surface brûlent la partie supérieure de la litière, les herbes et les arbustes. Ils affectent principalement le matorral (garrigue et maquis). Leur propagation est rapide en particulier sous l’effet du vent ou d’un relief favorable (feu de pente).
-   Les feux de cimes brûlent la partie supérieure des arbres. Ils libèrent de grandes quantités d’énergie et se propagent très rapidement. Le contrôle de ces incendies est particulièrement difficile lorsque le vent est fort et la végétation sèche.


II  Les espèces résistantes au feu

Paradoxalement, les incendies constituent un véritable facteur écologique, parfois vital, dans les écosystèmes méditerranéens. Ainsi, ces feux sont nécessaires au bon fonctionnement de ces écosystèmes. Au cours de l’évolution, certaines plantes se sont adaptées aux effets du feu en développant des tissus plus coriaces, plus spongieux, ou des racines plus profondes. Par exemple, les graines, fruits ou cônes de certains végétaux peuvent résister au feu et les écorces de certains arbres peuvent être plus épaisses et difficilement inflammables. Certaines souches sont également profondément enfouies sous terre, ce qui permet de protéger les tissus qui ont une croissance plus fragile. Chez certaines de ces plantes, le feu est vital car il permet la libération de leurs graines, et fait donc partie intégrante de leur cycle de vie. Ces plantes sont dites pyrophiles ou pyrophytes.

Par exemple, le chêne-liège (Quercus suber) fait partie de ces espèces pyrophiles. Son écorce épaisse et isolante ne brûle que superficiellement. Ainsi, les tissus profonds conducteurs de sève sont protégés, de même que l’assise génératrice du liège. Après le passage d’un feu, des bourgeons "dormants" présents sous l'écorce peuvent conduire à la formation de nouvelles pousses. Ces mécanismes de régénération permettent aux chênes-lièges de retrouver leur feuillage environ vingt mois après le passage du feu. Mais privé de leur écorce protectrice, les chênes-lièges sont incapables de se défendre contre le feu. Il a pu être établi que la mortalité en cas d'incendie atteignait 100 % immédiatement après le démasclage, 70 % après trois ans et seulement 2 % pour après neuf ans.

 

Figure 1: Chêne liège Quercus suber (F.Veinante)
Figure 1: Chêne liège Quercus suber (F.Veinante)

 

Certains pins méditerranéens sont particulièrement bien adaptés au passage du feu : citons par exemple le pin des Canaries (Pinus canariensis), le pin maritime (Pinus pinaster) et le pin parasol (Pinus pinea). Tous les pins meurent lorsque le feu est intense mais ils possèdent une grande capacité de régénération. Ainsi, les pins font partie des premiers cortèges d’espèces à recoloniser un milieu incendié. Les jeunes plants se développent vite et bien dans des milieux ensoleillés où le sol est fertilisé par les cendres. Certains pins possèdent d’autres adaptations au passage du feu. En particulier, le pin des Canaries est capable de générer un bourgeon directement sur son tronc, permettant une régénération très rapide du végétal.

 

Figure 2: Pin parasol Pinus pinea (F.Veinante)
Figure 2: Pin parasol Pinus pinea (F.Veinante)



De nombreuses espèces de cistes aiment également s’installer après la dégradation des forêts et maquis, en particulier sous l’action répétée du feu, car leurs graines ne peuvent germer qu’après un épisode d’incendie.

 

Figure 3: Ciste à feuille de sauge Cistus salvifolius (F.Veinante)
Figure 3: Ciste à feuille de sauge Cistus salvifolius (F.Veinante)

 


III les causes des incendies

Aujourd’hui, près de 95%  des départs de feu sont liés à l’homme (mégots de cigarettes, barbecues, décharges à ciel ouvert, lignes à haute tension, feux d’entretien de parcelles agricoles et d’écobuages, et imprudence). Les conditions climatiques et le type de végétation peuvent également en être la cause. Ces incendies peuvent être d’autant plus ravageurs lorsque le mistral ou la tramontane soufflent fortement car ils entretiennent leur progression. Le passage d'une tempête peut aussi accroître le risque d'incendie en augmentant les quantités de bois mort inflammable à terre. Les incendies sont également favorisés par des formations végétales desséchées pendant la saison estivale.

Répartition des types de causes en 2006 en zone méditerranéenne (source Prométhée)

La cause a été déterminée pour 1591 feux sur les 2252 relevés en 2006 avec la répartition suivante :
- indéterminée : 661 (29,4%)
- naturelle : 234 (10,4 %)
- accidentelle : 113 (5%)
- malveillance 606 (26,9%)
- imprudence (travaux) : 228 (10,1%)
- imprudence (loisirs) : 410 (18,2%)


IV - Conséquences des incendies

Les impacts des incendies sont plus ou moins forts en fonction de la nature, de fréquence (liée à l’homme : tous les 5-50 ans/parcelle ; naturelle : 50-500 ans par parcelle), de l’intensité, de la saison et de la taille des feux. Les incendies ont plusieurs impacts sur les écosystèmes méditerranéens. Le plus évident est la destruction immédiates des espèces végétales et la réduction des espaces colonisables par les animaux. . A court terme, après le passage de l’incendie, il est observé une augmentation de la diversité floristique. Cependant, environ deux ans après l’incendie, on observe un retour progressif vers un cortège floristique identique au cortège floristique pré-incendie.

La destruction des milieux boisés par les incendies provoque une ouverture des milieux et assure donc le maintien des espèces de milieux ouverts et secs, tout en interdisant le vieillissement des peuplements. Dans les années 1970, les chercheurs du Jardin Méditerranéen du Mas de la Serre de Banyuls sur Mer ont étudié l’impact du feu sur les écosystèmes méditerranéens à travers 3 groupes : la faune du sol (insectes, acariens, …), de la surface (petits mammifères), et de la végétation (oiseaux). Ces recherches ont démontré que la forêt de chênes-lièges semblait se régénérer rapidement après passage du feu (retour rapide des petits mammifères et oiseaux, reprise de la végétation), mais que plus de 20 ans était nécessaire pour recouvrer toute la biodiversité du sol. En effet, une trop grande répétition des incendies appauvrit les sols et modifie de façon irréversible l’état biologique caractéristique des forêts touchées par les incendies.

Les espèces animales subissent aussi les conséquences des incendies. Les moins mobiles sont  brûlées ou asphyxiées (ex : tortues, petits arthropodes), et celles qui s’échappent peuvent être affectées par les modifications de leur biotope plus ou moins détruit par le feu. Chez les oiseaux, il est intéressant de noter l’existence d’une quasi-stabilité des populations, même après le passage des feux. En effet, des études ont démontré qu’une partie significative des oiseaux présents dans la zone incendiée restent fidèles à leur territoire, malgré les modifications de leur habitat.
Bien que les feux constituent un facteur écologique naturel en milieu méditerranéen, les activités humaines provoquent des augmentations significatives de la fréquence des incendies, mettant en danger de nombreux biotopes.

 

  • Titre de la photo : Feu
    Source de la photo : Olivier Cleynen (Wikimedia commons)
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